Ombre et Lumière des ateliers
Parler d’une vente d’atelier à venir, qu’est-ce que cela signifie ?
Trop souvent, l’on peut entendre le semi amateur oisivement éclairé, effleurant le marché d’un
regard hautain, dire le mépris de ce trop grand nombre d’oeuvres, présentées trop rapidement, à
un public trop peu averti ?
Comme si le nombre effaçait l’existence de qualité et de variété ?
Comme si l’essence même des enchères n’était pas le tremplin le plus objectif car filles de la
compétition directe ?
Comme s’il n’existait plus de découvreurs de
talent ?
Car pourquoi faudrait-il attendre que seuls les
grands noms du marché de l’Art, qui font les
répétitions lucratives des catalogues de vente,
deviennent si rares qu’il soit bientôt impossible
d’acquérir un bout de papier dessiné ?
La démocratie n’est elle pas un renouvellement ?
Et tout bien pesé, l’Art ne s’adresse-t-il pas à tous ?
L’affaire pourrait, certes, paraître démagogique.
Mais tout de même…
Pourquoi l’Art Contemporain, si côté en ces
temps de communication instantanée, ne
ferait-il dépendre ses têtes d’affiche, que de la
validation des puissantes et riches vitrines des
Salons Internationaux ?
Ma question est donc simple :
Pourquoi une seule mise en lumière possible ?
Et donc une ombre si inévitable ?
La vente d’atelier n’est pas le recours ultime contre l’hégémonie des poulains dressés pour gagner et
faire gagner, la presse à un rôle majeur à jouer. Les services des médias consacrés à L’Art, vont
savoir dire « Picasso 10 millions, Picasso 15 millions, Picasso 20 millions… », mais savent-ils dire
« Ballini, 100 euros, Ballini 1000 euros, Ballini 5000 euros » ?
Bien moins sûr.
Pourtant c’est le cas pour Gilles Ballini, et en moins d’un an, à partir d’une vente d’atelier faîte à
DROUOT ; Un pari qu’un fils voulait tenter à tout prix pour faire reconnaître le talent de son père,
après avoir constaté l’embouteillage aux portes des galeries.
C’est un gouffre d’angoisse qui s’ouvre devant l’artiste, ses ayant droits et le commissaire-priseur
lorsque se décide une telle vente. Quelques dizaines d’oeuvres, les plus représentatives, le meilleur
d’une carrière, vont en quelques heures sanctionner sueurs et style. C’est la condition d’une mise
en lumière sincère et le public est sensible à ce courage, à ce jeu de la vérité où il est impossible de
tricher.
A ce stade, l’objectif est clair : diffuser l’oeuvre et l’image d’une facture, créer des réseaux de
collectionneurs, obtenir une cotation publique, la meilleure puisque faîte par des anonymes
amoureux.
Amoureux ? Il s’agit de spéculer aussi pour d’autres. Et il faut même le dire : heureusement !
C’est ce riche mélange passion-raison, coup de coeur et de coup d’argent qui fait le sel des enchères.
Mais à la base, il faut un moteur de croyance tenace. On ne présente pas au public un Matisse
comme on présente un Ballini…
Faut-il le rappeler, au cours de ses 50 ans de carrière, Maître Claude Robert aura sorti de l’anonymat ou
relancé des noms qui font les beaux jours des places de ventes internationales actuelles: Henri
Lebasque, Lambert-Rucky, Tutundjian, Ismaël de la Serna, amateur, E.R. Ménard, Paul Colin,
Clement-Serveau…
Alors, les artistes, Ramon, Solange Bertrand ou Gilles Ballini, que notre étude continue de présenter
aujourd’hui sont autant de petits rayons capables de percer, nous le croyons, la nébuleuse qui fait
la fortune d’images et de réalités de certains seulement.
Mais s’ils ont mis en lumière leur atelier, c’est qu’ils ont accepté leur part d’ombre.
Alexandre MILLON
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