Issue d’une famille de peintres, d’artistes et d’artisans talentueux ce fut tout
naturellement qu’elle prit les pinceaux et les pastels quittant le rôle de modèle pour
devenir peintre.
La rencontre avec les Bussy dans cette oasis artistique et littéraire de Roquebrune
fut déterminante, car en plus des sensations artistiques innées qu’elle possèdait le
plaisir intellectuel vint s’y ajouter entre autre grâce à son amitié avec André Gide.
Sa voie était trouvée. Son style s’imposait naturellement.
Ses cinquante années de création furent le voyage intérieur d’une vie rythmée
comme une musique sensible, gaie, rêveuse et aussi ancrée dans la réalité d’une vie
parfois douloureuse.
Aux premières oeuvres, l’étiquette de post cubisme fut parfois apposée, mais c’est
déjà un certain lyrisme qui s’en dégage, les paysages ou les compositions ont selon les
propres mots de Zoum Walter « la beauté des choses distinctes et de leur au –delà »
Les pastels constituent la partie la plus importante de son oeuvre, et rendent compte
de l’affinité de l’artiste avec son médium ; elle travaillait souvent au doigt afin
d’inscrire la matière dans le papier et de
lui donner cette matitée, qui fut mieux
qu’une signature, la marque de son
originalité et surtout de sa pugnacité
au travail :
«….Ce que je sais c’est que j’ai un désir si
puissant et une conviction si profonde qu’il
se peut que j’arrive à cette conception
originale et belle du monde en restant
absolument fidèle à moi-même et en tâchant
de perfectionner chaque jour mon regard
sur les choses . Bien apprendre le métier
pour traduire l’émotion ressentie et
accueillir le rêve, cette part si essentielle de
nous même… »
Après Roquebrune et le midi,
vint la période de Paris, elle habite alors
avec son mari François Walter, rue
Molitor, et bien que tout semble paisible
dans ces toiles, ce calme apparent n’est
que celui qui dissimule une grande
conscience durant ces années de guerre.
Entre 1945 et 1950 viennent les toiles d’art sacré, de grands formats, qui
s’imposent à elle alors qu’elle retrouve son mari après cinq ans de séparation, et que
son père, son meilleur guide artistique vient de disparaître, son inspiration profonde
reviendra devant la contemplation des paysages, de Gargilesse, de Crouy, du midi,
des Alpilles en Provence, de l’Italie, jusqu’à ce que la catastrophe, le décès de sa fille,
ne vienne interrompre durant quelques années toute envie de création, pour que finalement
le désir revienne sous la forme des abstractions, autre interprétation de la
spiritualité sacrée.
« …J’ai continué de peindre dans le recueillement, arrivée je crois au moment où l’on
peut se dire que les modes passent, que les théories et les préjugés sont caducs, et seul compte
l’effort désintéressé, la sincérité vis-à-vis de soi même et cette valeur toujours mystérieuse et
indéfinissable de l’appel à saisir le pinceau……..Eh bien ce ne fut pas une vie à laquelle l’art
venait s’ajouter, mais une vie où il s’était depuis si longtemps intégré qu’il était devenu comme
le pain que l’on mange et l’air qu’on respire… » .