BERNARD VANIER
(Né le 15 mars 1927)
 
 
 
 

Bernard VANIER, L'art entre tension et liberté Bernard Vanier est de ces peintres modernes canadiens, expatrié en France dans les années 50, ami de Marcel Ferron, Pellon, Jean-Paul Riopelle et Paul Vanier-Beaulieu.

Fils du Gouverneur Général du Canada, il naît à Québec en 1927.

La peinture exerce sur lui une attraction certaine. Ce sont des rencontres, des lectures, et l'occasion de voir beaucoup de tableaux à Paris qui le mèneront à adopter la peinture comme mode d'expression en 1948, trois ans après son arrivée en France.

Un bref passage dans une académie le pousse à explorer d'autres moyens pour faire son "éducation artistique".
Après de grandes itinérances, il s'installe en Provence, puis s'établit à Marcoussis dans l'Essonne dans cette jolie maison à l'atelier lumineux où il travaille depuis les années 60.

"La peinture doit se laisser aller à la traduction de l'émotion qui l'a engendrée".

Son travail s'inscrit d'abord dans un sillon singulier qu'il commence à tracer entre les tendances figuratives et non-figuratives. Il rejette les dictats de ce qu'il appelle "l'art politique".
Durant les années 50, il participe à plusieurs expositions de groupe, notamment à Toronto et Paris. Certaines de ses oeuvres s'installent dans des collections prestigieuses comme celle du musée d'art contemporain de Montréal. Dans l'abstraction, il a trouvé un moyen fort et illimité pour exprimer une panoplie d'impressions, d'influences, de sentiments, de passions et de thèmes d'ordre émotifs, qu'il suggère plutôt qu'il n'impose.

Une association de plans et de stries, des modifications de structure, des recherches des liens les plus justes entre surface et espace composent sa peinture.
La cadence des expositions pendant les années 60 est vive comme à Montréal, où il montre des Lithographies à la Galerie Libre, à Mulhouse, au premier Salon du Cubisme aux expressions de l'Art contemporain, à Paris à la Galerie Neufville, à Ottawa à la Galerie Robertson. Il participe ensuite au festival de Spoleto en Italie.

Au cours des années 70 et 80, Vanier expose aux Etats-Unis, notamment à Washington, à la Galerie Otalia de Paris et beaucoup en province.
En 1998, une rétrospective " 50 ans de peinture " lui est consacrée à l'Orangerie de Marcoussis.

Comme il le dit humblement, Bernard Vanier n'a pas l'impression d'avoir fait une carrière de peintre. Il a peint. Selon lui, l'art est pour tout le monde et l'art dit " abstrait " n'est pas plus abstrait qu'une fleur ou la pluie et se comprend de la même façon.

" L'art abstrait lyrique, l'art abstrait libère !... Merde ! 50 ans de plus et on arriverait à quelque chose ! " Son œuvre n'a pas été témoin de révolution, mais d'une évolution subtile et constante.

Et si on lui demande l'explication universelle de l'art en quatre mots, il répond " Y en a pas ! "

Delphine Dupuis.

Citations de B.Vanier à insérer extraites d'une conversation avec le peintre Roland Giguère.
L'abstrait, force explosive et libératrice, n'est pas une fin en soi. C'est un moyen magnifique au service de la poésie.

La présence de l'abstrait est suffisamment sensible pour se passer de commentaires.

Il y a des affinités immédiates, comme dans les relations humaines, suivant les tempéraments, mais pour que cette affinité se développe comme en amour ou en amitié, il faut un effort de compréhension.

Si l'amateur de peinture a raison d'exiger du peintre la sincérité, de même le peintre est en droit de demander au spectateur de faire l'effort nécessaire pour le rencontrer, quitte à se désintéresser par la suite de ce qui n'est pas conforme à ses goûts ou à ses aspirations.

Le tableau qui peut renouveler son effet à l'infini, laisse au spectateur (car le spectateur a lui aussi sa liberté, il ne faut pas l'oublier), sa part à lui, son apport personnel, son interprétation, si vous voulez, comme un musicien apporte à une partition immuable un interprétation personnelle. (il est bien entendu que cette interprétation n'a pas pour but de détailler le tableau pour savoir si telle tache rouge représente une pomme Macintosh ou un chasseur à l'affût).

La peinture ira où la mèneront les peintres. Le peintre ne se soucie pas de savoir d'où vient le vent. Son chemin est assez simple, c'est celui de la nécessité intérieure, indépendamment des modes.

Pousser toujours plus loin, explorer. Mais on peut se demander si ce plus loin n'est pas à trouver en profondeur aujourd'hui plutôt qu'en surface.

Et puis, dans les influences, voici que viennent jouer, toutes les découvertes qui révèlent la beauté de l'infiniment petit, détail d'une cellule ou d'un cristal, détails énormes de conséquence. La vie quotidienne en mouvement, avec ses formes et ses couleurs, son cortège de joies caracolantes, l'amour, les désastres. Laissez mijoter le tout plusieurs années. Peut-être n'en sortira-t-il qu'un amas de cendres. Cela ne dépend plus que du peintre.

Il ne s'agit pas de dépeindre les objets extérieurs qui ont ému, mais de transmettre par d'autres moyens, des moyens picturaux, un sentiment analogue.

Sens de la vie :
Si vous avez trouvé le sens d'une peinture (et c'est déjà pas mal) accrochez la vite avant qu'elle se mette à tourner.
Comment se passe un tableau :
Tous les paysages ne sont pas dehors. Il y en a qui rentre et qui passe péniblement. D'ailleurs il n'y a pas que des paysages. Un excès de lyrisme rend flou, alors on procède au rappel des rectangles turbulents et on corrige les cercles qui s'acoquinent. Ca va comme ça vient. Le tableau se bâtit et vit. Ou non.