Provençal et avant tout avignonnais, Alfred Lesbros, est devenu peintre
comme d’autres rentrent en religion, par vocation. Ni totalement autodidacte, ni
discipline, simplement indépendant. Le passage dans les écoles d’art fut moins
déterminant que ne le furent les conseils des maîtres provençaux Jules Flour et Pierre
Grivolas. A l’heure où le Paris de Montparnasse bouillonnait à la Coupole, Lesbros
préférait la fréquentation plus modeste de la Rich Tavern, rendez-vous de ses amis
artistes Meissonnier, Jean-Pierre Gras, Bergier, Hurard, et de plus jeunes comme Jean
Angladon (Fondation Angladon , Avignon ) neveu du collectionneur Jacques Doucet.
Il croise furtivement Signac et Manguin sans pour autant être impressionné. Son
indépendance réelle se place à ce niveau.
Au cours de son oeuvre, on retrouvera la même vue traitée de manière
différente et à cet égard, La rue de Roussillon ou La rue Barracane furent pointillistes,
réalistes, synthétiques, et abstraites, pourtant c’est toujours la même rue, seule sa
vision a évoluée : «……Au lieu d’exactitude, chercher la vérité synthétique…. »
Lorsqu’il va se promener dans la Montagnette aux alentours de Graveson, de
Boulbon, et de Barbentane, avec Auguste Chabaud, et Gatien Gontier discutent-ils
seulement de peinture ou bien de ces paysages plus rudes qu’il n’y parait au simple
touriste, et fut le lien de leur amitié, et leur donna à tous ces fameuses « leçons de
modération de la Montagnette » comme le disait Chabaud.
Sans chercher une reconnaissance particulière, il décide d’exposer à la fois au
salon de Lyon et au Salon des Indépendants à Paris (1907-1908 puis de1923 à 1928),
au salon d’Automne (1922-1924). Il se trouve à l’initiative des expositions du Groupe
de Treize et de celles des Artistes Rhodaniens à Avignon et Lyon.
A partir de 1915, il conçoit des pochoirs décoratifs très colorés, à l’inspiration
végétales, l’ensemblier décorateur lyonnais Sornay s’enthousiasme et comprend sa
démarche :
« Le mur doit rester un mur, le recouvrir complètement par une peinture décorative me paraît
une erreur dans les pièces modernes; les murs intérieurs doivent, comme les murs extérieurs,
être d’un aspect le plus vif possible. Toutefois comme certaines parties d’une pièce recevant
toujours des meubles auront des ouvertures, il se pourrait et ceci arrive fréquemment même
qu’un pan de mur se trouve obligé d’être garni en partie. C’est la place qui revient à
l’estampe (au pochoir) ».
Son ami Gleizes qui séjourne à Villeneuve les Avignon ne peut que l’encourager,
explorant lui-même une voie abstraite et colorée.
Apartir des années trente ce ne sera plus que le jeu des lumières qui monopolise son
intérêt. Dans une explosion de joie et de couleurs, alors le cerné blanc, sans
remplacer totalement le cerné noir, le supplante et devient un faire valoir de ses
paysages, c’est la synthèse des styles et du chemin parcouru.
Comme Lesbros le dit dans ses carnets « ……j’ai tué le cafard ….. ».